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 Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 1 Aoû 2013 - 18:45

Oui, moi, j'utilise maitre mais dans le sens de professeur ( comme le maitre d'école ) pour toi, j'ai juste l'habitude de l'employer dans un autre contexte.
Ah ! Et alors ? Mon personnage n'est pas plus vieux je te signal ! Je tiens a préciser qu'à la base l'épisode de la mine n'existait même pas, tout les personnages que j'ai créé jusque là sont de la totale improvisation qui ne colle pas du tout avec mon plan de départ...c'est ça la magie de l'écriture et de l'imagination !

( ET OUI C'EST JUSTE UN COPAIN !!!! )

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 1 Aoû 2013 - 18:48

Amours fictives et reniées... Que dirait Freud mesdemoiselles?

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 1 Aoû 2013 - 18:54

Que je n'ai rien renié du tout (le "c'est pas vraiiii" est juste puéril, pour le plaisir, mais absolument pas sérieux), que je ne fais que renvoyer Amy à son miroir !! Mais Amy... Hum ! hum !

Amy : je sais bien, mais pour moi, maître inclut une idée de domination. Elle est absente dans le rapport de professeur à élève que j'entretiens avec Géode. Je n'ai pas d'ordre ni de devoir. Juste un apprentissage. Là est la différence.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 1 Aoû 2013 - 19:13

Oui Oui d'accord, faute de français ! Autant pour moi ! ET FREUD PEUT ALLEZ SE FAIRE TRANCHER LA TETE !!!! OU ASPIRER LE SANG PAR UN VAMPYR J'EN AI RIEN A FAIRE !!!

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 1 Aoû 2013 - 21:15

En fait on dit "au temps pour moi" *part en sifflotant* Et puis arrêtez de pourrir mon sujet ! C'est une histoire bon sang ! Pas un débat freudien !!

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 2 Aoû 2013 - 0:22

Aaaah ! d'ac or. j'eu savai pa, j'ai fai une ereur d'inatenssion ! hap 

Plus sérieusement, tu devras déplacer ça dans ton bureau non ?

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 2 Aoû 2013 - 15:01

Non, mon bureau n'est pas un sujet de blabla mais un réel bureau pour les réelles avancées et résolutions de problèmes administratifs et sérieux de ce forum ! Les commentaires liés à mon journal... resteront dans le journal. Donc, je vous demanderai d'éviter de divaguer trop longtemps. Commenter, discuter, apprécier, débattre, pourquoi pas ? Moi ça me plait d'avoir des avis et des conjectures pour ponctuer le récit. Mais les chamailleries traînent en longueur et ça coupe réellement l'histoire sans réel intérêt. Même si c'est marrant ! ^^ Voilà tout !

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 23 Aoû 2013 - 18:52

henta- : (vb.) regarder, examiner (avec les yeux), lire (silencieusement) - Extrait du Dictionnaire Quenya

88ème jour - Port d'Eséope

"Lucyll !"

Le cri me fait tourner la tête de droite à gauche, cherchant la source parmi les marins s'affairant sur les quais et sur le pont de l’Écume Audacieuse.

"Plus haut !"

Effectivement. Connor bondit dans les cordages du voilier puis glisse le long d'un mât avant de m'inviter à monter sur le navire. L'acrobatie a été exécutée avec un naturel stupéfiant et le caractère aérien de sa démarche m'apparaît tout à coup comme une évidence.

"Quelle agilité ! je commente, impressionnée
- Merci ! Ce n'est qu'une question d'habitude, tu sais ? Passer sa vie sur un bateau a le don de développer prodigieusement le sens de l'équilibre !"

Il me tend une main que j'attrape, et d'une traction, le jeune homme me hisse sur le pont. Je prends pied sur le fin voilier. La profondeur de la coque est plutôt modeste, mais le navire excelle par sa longueur et sa forme fuselée. Conçu pour la vitesse et d'une grande maniabilité, d'une efficacité redoutable, il n'a rien à envier aux lourds et imposants bateaux marchands. Finesse et subtilité. Gages de prouesses.

Certains des marins croisés la veille me saluent de loin d'un sourire ou d'un signe de la main ou de la tête. Je réponds de même, puis Connor me demande :

"Étais-tu déjà montée sur un navire ?
- J'ai passé mon enfance près d'un port donnant sur le Lac Brocélis, ça m'est donc arrivé oui, mais je n'ai fait que monter sur le pont et redescendre.
- Mmh.. (il prend son menton entre son pouce et son index replié, pensif) On peut donc dire que tu n'es jamais vraiment montée à bord d'un bateau ! fait-il, taquin, Je vais te montrer ça !"

Joignant le geste à la parole, il m'entraîne jusqu'à une échelle de cordes que nous escaladons, lui avec grâce et fluidité, moi tâchant de ne pas être distraite par les mouvements des cordages agités par le vent vigoureux. Arrivés au faîte, nous nous asseyons sur l'une des vergues soutenant les voiles. J'ai posé ma paume contre le mât pour conserver mon équilibre. Connor ne semble pas gêné par l'altitude. Ses doigts distraits jouent avec la perle de bois à son oreille.

Nous restons silencieux. Le spectacle de la mer immense me fascine toujours autant. Les eaux de Brocelis ne sont pas comparables avec celles de l'océan. Celles du lac sont claires et lisses, de placides courants animent calmement ses profondeurs et sa surface, parfois troublée de vaguelettes. Celles que j'ai sous les yeux sont sombres et mystérieuses, de l'écume vient franger leurs remous constants et chaotiques au gré des vents marins et contraires. Monotonie et imprévisibilité. Parfaits opposés. Voilà pourquoi la découverte de la mer m'a profondément marquée bien que j'eusse vécu dans une ville portuaire toute ma vie.

"Veux-tu entendre mon histoire Lucyll ?"

La question me détourne de ma contemplation. Ses yeux fixent l'horizon sans limite du large, comme s'il admirait l'étendue infinie pour la première fois, subjugué. Son profil se découpe avec netteté sur un fond de ciel, deuxième infini rencontrant le premier en une ligne sans heurt, reflet de son regard limpide. Nos cheveux flottent librement, portés pas les arabesques sauvages que la brise fougueuse dessine selon ses envies.

"Oui."

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Dernière édition par Lucyll Freespirit le Sam 29 Mar 2014 - 11:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Mar 3 Déc 2013 - 0:40

pantië : (nom) révélation, développement, ouverture - Extrait du Dictionnaire Quenya

Quelques années auparavant...

« J’étais un gamin des rues. Le fils d’un père évaporé et d’une fille de rien. Je n’étais l’enfant de personne, tout juste un rejeton déguenillé comme on en trouve tant d’autres dans les rues de Calimenda. Je faisais partie de ces gosses aux visages angéliques qui sourient au boulanger tandis qu’un complice chaparde une miche de pain encore chaude à l’autre bout de l’étal, de ces joyeux galopins jouant dans les cordages abandonnés sur les quais et dormant en grappes dans les docks abandonnés, de ces marmots efflanqués aux pieds nus auxquels les passants jettent un regard plein de pitié et une piécette à l’occasion. Je n’ai pas été malheureux, mais mon enfance garde la saveur de la rudesse, de la rudesse et des ruelles de la ville corsaire.

En grandissant, je pris de l’assurance et mes petits larcins quotidiens se firent de plus en plus audacieux. Il faut savoir que dans une ville comme Calimenda, ce genre de talent ne passe jamais inaperçu. J’intégrai très vite une guilde de voleurs à la renommée prestigieuse dans l’univers trouble du marcher noir. Je n’étais alors qu’un sous-fifre de seconde main, à qui l’on confiait les tâches les plus viles, telles que détrousseurs de tavernes ou voleur à la tire, ces mains anonymes subtilisant les bourses et sacs des ivrognes ou des distraits des foules, mais servir les Doigts de Velours était en soi une fierté. J’agissais avec discrétion, alliant patience, silence et habileté, dérobant avec délicatesse et vivacité. Mon visage et mon jeune âge inspiraient confiance. Personne ne soupçonnait jamais l’adolescent aux grands yeux bleus innocents, même après avoir constaté la disparition de l’objet de valeur qui venait de quitter leur poche pour atterrir dans la mienne.

Je fis mes preuves. On me confia des missions de plus en plus importantes, les vols que je commettais étaient plus osés, les butins plus précieux et je n’en étais que plus loué pour mes services, recevant de plus avantageuses rémunérations. Ce travail n’était cependant pas celui dont je rêvais. Il ne m’offrait que la possibilité de gagner suffisamment pour me permettre de quitter cette ville et voir le monde. J’enviais pour cela les Corsaires qui font la fierté de Calimenda, mais on ne s’improvise pas marin et aucun capitaine n’aurait voulu d’un sale môme sans le sou et sans compétence, aux mœurs louches et à la répétition peu flatteuse. C’est pourquoi je me contentais de les admirer de loin, leurs fiers navires mouillant dans la baie, me satisfaisant de ce que la vie avait consenti à me donner. Mais un jour, ma monotone existence bascula.



... ça faisait longtemps hein ? ^^

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 26 Déc 2013 - 16:09

pilu : (nom) voleur - Extrait du Dictionnaire Quenya

« C'était une nuit magnifique, le ciel n'était brouillé d'aucun nuage, la lune semblait un coup de faucille déchirant l'obscurité mouchetée d'étoiles. Je m'étais appuyé au mur d'une auberge, le dos contre la pierre, dans un recoin plongé dans l'ombre qui ne laissais présager que ma silhouette. Comme à mon habitude, je guettais patiemment ma cible qui, je n'en doutais pas, devait quitter l'établissement ce soir. J'avais soutiré cette information la veille au tenancier, au moyen de quelques pièces miroitantes. Le soudoiement est monnaie courante dans cette ville. Tu n'imagines pas tout ce que l'argent permet d'obtenir... Quoi qu'il en soit, l'homme que j'attendais avait acheté trois jours plus tôt un livre d'une grande valeur aux yeux de la Guilde. Mon objectif consistait à le lui reprendre, mais on m'avait rapporté que ma future victime était d'un naturel prudent voire méfiant et que le larcin n'en serait que plus complexe.

Quand il sortit de la taverne, il jeta un coup d'oeil à droite puis à gauche, sembla me distinguer dans le noir et partit dans la direction opposée. J'attendis quelques secondes avant de le suivre discrètement. Sa démarche était celle d'un homme raisonnable ayant cédé à la tentation d'un deuxième verre : un peu lourde mais sûre. Il portait sur l'épaule un sac pesant qui devait certainement contenir le fameux livre. Je serrai dans mon poing un gros morceau de métal qui accroissait l'impact de mes frappes, et me rapprochai de lui progressivement, allongeant mes foulées imperceptiblement. Quand je ne fus qu'à quelques pas, je lui décochai un coup dans la nuque.

Cette attaque avait démontré maintes fois son efficacité : vive et puissante, prenant par surprise et plongeant la victime instantanément dans l'inconscience. J'étais devenu expert en la matière et personne ne s'était jamais relevé à temps pour m'empêcher d'accomplir mon forfait. J'étais sûr de moi, présomptueux, me voyant déjà revenir au quartier général de la Guilde des Doigts de Velours, brandissant le livre comme un trophée. Le pauvre bougre gémirait par terre jusqu'au matin et serait incapable de me dénoncer, n'ayant aperçu qu'une mince silhouette se découpant dans la nuit, emportant son bien. Oui tout cela défila dans mon esprit quand mon poing fendit l'air. Et cette pensée prétentieuse me quitta brusquement lorsqu'il fut intercepté par cinq doigts d'acier.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Jeu 26 Déc 2013 - 18:36

ruc- : (vb.) ressentir de la peur ou de l’horreur - Extrait du Dictionnaire Quenya

« J'eu l'impression que cette main pourrait me briser les phalanges si elle le décidait. Elle m'imposa une torsion qui me déséquilibra et me jeta à terre. Totalement abasourdi, je tentais de me relever pour m'enfuir, reculant comme je le pouvais, mais l'homme n'en avait pas fini avec moi ; il m'attrapa par le col de ma chemise et s'accroupit à ma hauteur. Ses yeux gris-vert étaient aussi implacables que sa poigne, ils me scrutaient avec attention, fixant mon visage effrayé. Au bout d'un instant il demanda :

"Quel âge as-tu mon garçon ?
- Quinze ans."

Ma voix me parut frêle et chevrotante. Ce type allait me passer à tabac pour avoir tenté de le voler, j'en étais certain. Mon bourreau poussa un profond soupir.

"Tu vaux beaucoup mieux que cela jeune homme... Le monde des escrocs n'est pas l'avenir que je souhaite à un garçon capable de se déplacer avec autant d'habileté que toi. Il est dommage qu'un pas aussi souple et léger soit voué à un tel usage..."

Les mots mirent un certain temps à prendre un sens. L'homme était-il en train de me... complimenter ?!

"Relève-toi, continua-t-il, Quel est ton nom ?"

Je peinai à me remettre debout, tremblant comme une feuille, pas encore tout à fait sûr d'être sorti d'affaire.

"Connor... Connor Fulcro, monsieur.
- Est-ce mon livre qui attire ta convoitise, Connor ?"

Je me dandinai sur place, le nez tourné vers le pavé, mal à l'aise, avant d'opiner.

"Plus précisément celle de la Guilde des Doigts de Velours, monsieur.
- As-tu la moindre idée de ce dont il s'agit ?
- Non monsieur.
- Il s'agit d'un précis d'architecture elfique. Un ouvrage rare contenant des informations passionnantes sur un peuple relativement mal connu. As-tu déjà rencontré des elfes Connor ?
- Très peu. J'en ai déjà aperçu sur les quais.
- T'es-tu déjà imaginé le palais de leur reine ?"

La question me parut totalement incongrue, posée ici, en pleine nuit, à l'angle d'une ruelle. Je secouai la tête.

"J'ai passé ma vie ici monsieur, à voler pour m'en sortir... Alors le palais de la reine des elfes est assez loin de mes préoccupations... Je me contente de ce que l'on me propose, et personne ne m'a offert la possibilité de découvrir le monde. Les palais, les citées, les forteresses, tout cela m'est inaccessible. Je ne peux qu subtiliser ce livre dans votre sac, je ne me douterai jamais des merveilles qu'il peut contenir."

Je ne savais pas pourquoi je me dévoilais ainsi, sans pudeur, à quelqu'un dont je ne connaissais rien et que j'avais tenté d'attaquer quelques minutes plus tôt. Les mots sortaient de ma bouche, naturels, et je ne faisais rien pour les retenir. L'homme eut un sourire, il défit la boucle de son sac.

"Ce livre, je te le donne, mais à une seule condition : tu dois me promettre de le lire."

J'ouvris de grands yeux, désarçonné. Quoi ? Il me donnait le livre ? A moi ? Le petit voleur des rues qui venait de l'agresser ? J'attrapai machinalement le lourd grimoire qu'il me tendait, comme dans un état second, incapable de comprendre la réaction incroyable de l'inconnu. Puis un frisson me parcourut l'échine, et je filai dans la nuit sans demander mon reste.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 7 Mar 2014 - 17:35

ananta : (conj.) et maintenant, mais maintenant – Extrait du Dictionnaire Quenya

Le lendemain, dans la petite chambre sous les combles que j’occupais, octroyée gracieusement par la Guilde, le premier objet que mon regard rencontra au réveil fut le livre que j’avais posé sur ma table de chevet. Avec curiosité, mes doigts se promenèrent un instant sur la tranche ouvragée du recueil. De l’index je soulevai la couverture de cuir, découvrant une calligraphie toute en arabesques élaborées. Je choisis une page au hasard et admirai de minutieux croquis représentant une ogive élancée et audacieuse. Je tournai fébrilement le mince rectangle de papier ocre pour dévoiler le dessin suivant, puis un autre, et encore un autre, interceptant par endroits quelques phrases et annotations : « La clef de voute semble s’adapter parfaitement à l’arcade en volute… » « Le point de fuite figure l’emplacement de la tour principale… » « Le vitrail donne au marbre des reflets intéressants… »

Des coups frappés à ma porte me firent sursauter. Revenant brusquement à la réalité, je fourrai rapidement le grimoire dans mes draps défaits, enfilai un pantalon puis m’arrêtai soudain. Je savais qui attendais derrière la porte : Tobar et moi nous rendions tous les jours ensemble au Quartier Général de la Guilde. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’années, aux yeux très noirs et angoissants, qui, sous ses dehors de fumeur patibulaire, devenait un bavard amical et infatigable pour peu que vous osiez lui adresser un salut. Nous nous entendions bien et avions pris l’habitude de nous raconter nos aventures de la veille en allant livrer nos butins du jour. La question se posait maintenant : allais-je garder le livre ? Je soupesai quelques secondes cette idée avant de secouer la tête : si je commençais à amasser les biens de la Guilde et à renoncer à ma rémunération que leur gain me rapportait, comment allais-je manger ? Les livres ne sont pas très nourrissants. Je passai une chemise, déposai le gros ouvrage dans ma besace, et rejoignis mon compagnon qui patientait dehors, jouant avec le papier qui lui servait à enrouler son herbe à fumer. Il m’adressa un sourire de truand, jeta un œil à mon sac bossu par mon fardeau, et commença à palabrer longuement sur son altercation houleuse d’avec sa cible, m’expliquant à grands renforts de gestes et d’exclamations, comment il l’avait passé à tabac avant de lui dérober l’écharpe dont l’étoffe brodée de glyphes d’argent attirait la convoitise des Doigts de Velours.

« Alors je lui ai fichu une de ces droites… ! T’aurais vu sa gueule à la fin… ! Sûr qu’il doit faire fuir les gonzesses ce matin avec son œil en coque et ses chicots éparpillés sul’pavé ! Une loque j’te dis !! »

J’acquiesçai vigoureusement, plaquant un rire faux sur mes lèvres. Je me sentais d’humeur maussade et le récit de Tobar ne m’amusait pas. Perdu dans mes pensées, j’écoutais à peine les vantardises de mon compagnon qui ma lança soudain son poing dans l’épaule :

« Et toi Connor ? T’as chopé quoi cette nuit ? »

Pour une raison qui m’échappa, je ne répondis pas la vérité. Comme si quelqu’un d’autre s’était glissé à ma place, je m’entendis répliquer :

« Rien du tout Tobar. Il m’a filé entre les doigts. »

Le jeune bandit haussa un instant les sourcils dont les broussailles se joignaient sur son front. Il écarta de deux doigts une mèches de cheveux bruns qui gênait sa vue puis reprit la parole, le ton soucieux.

« Valchior va pas êt’content… » fit-il seulement.

Oh que non il ne le serait pas.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 28 Mar 2014 - 23:46

fur- : (vb.) mentir, dissimuler – Extrait du Dictionnaire Quenya

Lorsque je me présentai au comptoir de l'entrepôt qui servait de couverture et de Quartier Général – dont l'extraordinaire longévité en disait long sur l'importance des pots-de-vin versés aux autorités de Calimenda afin qu’elles ignorassent les agissements de la Guilde – le Grisou me fixa d’un air peu aimable. C'était un homme filiforme, d’une maigreur inquiétante, aux longs doigts minces et aux joues creuses. Ses yeux, jaunis par le temps, vous observaient, enfoncés au plus profond de ses orbites, cernés, comme perdus dans un gouffre sombre, brillant dans le noir. Sa peau grisâtre et se colères explosives et dévastatrices l'avaient affublé de ce surnom. Je savais qu'il fallait se méfier de cet être malingre, toujours à l'affut de la moindre rumeur, surveillant les recrues les moins fiables de la Guilde pour le compte des membres les plus influents. Le Grisou était également le "Réceptionniste", c'est-à-dire celui à qui l'on devait annoncer la prise de la nuit, et qui indiquait ensuite ce que l'on devait en faire : à qui confier le butin, où le stocker dans l'entrepôt, et qui allait vous rémunérer pour votre travail. Il tenait aussi à jour un gigantesque registre où étaient soigneusement inscrits les noms de ceux qui se présentaient à lui, à côté de la date et de l'heure précise de leur arrivée. Je me souviendrais toujours du claquement de sa montre de cuivre quand il refermait le couvercle de deux doigts squelettiques après avoir consulté le cadran de son regard presque suspicieux, dénotant d'une tendance maniaque ou d'un souci singulier du détail.

"Vous voulez dire que vous n'avez rien apporté Fulcro ?"

Sa voix aigrelette et grinçante avait le don de me crisper. En vérité je détestais ce sinistre personnage. Je me contentai de hocher la tête. Je sentis un coup d'œil accusateur se poser sur mon sac bosselé.

"Très bien… Dans ce cas, montez l'escalier de droite. Troisième porte à gauche. Vous vous expliquerez avec Valchior."

Gardant une attitude imperturbable, je tournai les talons et me dirigeai vers les marches, et le bureau tant redouté auquel elles conduisaient. Dans ma tête en revanche c'était la tempête. Qu'étais-je en train de faire ? Voler, mentir à la Guilde ? A quoi pensais-je ? Et pourquoi ? Pourquoi ne confiais-je pas tout simplement le livre à mes employeurs ? Quelle drôle de raison me poussait à agir de la sorte et à mettre ma carrière en péril ?

Immobile devant la porte, j'expirai lentement, tâchant de conserver un visage indifférent. La main sur la poignée, je m'apprêtais à entrer quand, pris d'une inspiration subite, je sortis de mon sac le grimoire. Vérifiant que le couloir était vide, je me dirigeai vers le fond, déposai le livre entre deux caisses poussiéreuses, et rangeai ma veste dans la besace à la place. Rassuré de n'avoir sur moi aucune preuve accusatrice, je retournai sur mes pas et entrai dans la pièce.

Troisième porte à gauche. Tous les voleurs de la Guilde des Doigts de Velours redoutent cette phrase. Cela signifie deux choses : vous n'avez pas fait votre travail, et vous allez le regretter.

Lorsque je pénétrai dans son bureau, Valchior se contenta de suspendre le mouvement de sa plume, à quelques millimètres de sa feuille de papier.

"Qu'est-ce que c'est ?"

Plus encore que le grincement disgracieux du Grisou, je haïssais cette voix. C'était le genre de ton doucereux, aristocratique, presque efféminé qui cache une cruauté latente sous un sourire faux et hypocrite. Les yeux couleur d'orage du maître du Quartier Général se fichèrent sur les miens, avides d'insuffler crainte, honte et culpabilité à la victime potentielle que je représentais. Je déglutis. L'orage allait se déchaîner.


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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Dim 30 Mar 2014 - 1:35

naraca : (adj.) violent, rude, arraché – Extrait du Dictionnaire Quenya

Valchior était un homme d'apparence soignée, presque coquet. Ses chemises à jabot ne le quittaient jamais et il aimait agiter ses doigts d'une ondulation afin d'en faire frémir les dentelles qui lui couvraient les poignets. Néanmoins, cette façade superficielle cachait un meneur implacable et sans pitié, avide de satisfaire le Maître de la Guilde, et ce, par tous les moyens, même les plus bas et les plus viles. Frapper les auteurs d'un échec qui lui déplaisait, qu'ils aient moins de douze ans ou pas, ne le rebutait absolument pas. Il n'était pas rare de voir un enfant terrorisé descendre les marches redoutées, la joue meurtrie après un retour infructueux de sa mission. En vérité, il n'y a rien de plus cruel qu'un homme sans scrupule. Valchior replaça de l'index un cheveu brun et lisse qui s'était échappé de son catogan. Il passa ensuite le doigt au dessus de sa lèvre supérieure, effleurant le fin duvet qui assombrissait sa peau, geste qui lui était familier lorsqu'il étudiait son interlocuteur.

"Oui ? Et bien ?"

Ce sourire dans la voix me fit frissonner.

"Je suis Connor Fulcro monsieur, le Grisou m'envoie vous annoncer l'échec de ma mission de la nuit dernière. L'homme à qui je devais dérober un précieux grimoire m'a… "

La fin de ma phrase mourut dans un murmure. Valchior venait de lever la main, ou plutôt deux doigts, l'index et le majeur, tous deux bien droits et accolés l'un à l'autre, les autres repliés, presque crispés dans le creux de sa paume, intimant le silence. Je restai figé, muet, osant à peine respirer. Il m'inspirait, comme à chacun, une crainte dépassant la simple peur de la réprimande. On avait le sentiment qu'une fois hors de lui, Valchior ne pourrait jamais s'arrêter, emporté par sa folie. C'est pourquoi les malheureuses victimes qui lui étaient envoyées priaient pour que jamais Valchior ne perde totalement son sang-froid.

"Aurais-je entendu le mot échec sortir de ta bouche jeune homme ?"

Je commençais à avoir du mal à respirer.

"Tu sais combien je déteste ce mot… Tu le sais n'est-ce pas ? Voyons, comment se peut-il que tu oses te présenter devant moi avec ce regrettable terme sur les lèvres… ? Echec, tu as bien dit échec"

Il s'était levé de sa chaise, semblant se parler à lui-même, entamant un inquiétant mouvement de va-et-vient, comme pour faire les cent pas dans la pièce, se rapprochant irrépressiblement de moi.

"Echec, échec, échec, … Ce mot… Ce mot… JE L'EXECRE !"

Il acheva sa phrase dans un cri avant de se pencher sur moi, brusquement, son nez à quelques centimètres du mien, le regard gris acier, dur, froid, plein de fureur. Je cessai totalement les mouvements de mon diaphragme. A ce moment précis, j'aurai presque juré que mon cœur venait de s'arrêter. Peut-être même de disparaître.

"Tu sais ce qui attend les incapable : la réprimande."

La gifle partit, violente, me projetant de côté, titubant pour rester debout. Une autre suivit la première. Puis une autre encore. Ma lèvre se fendit sur la dernière.

"Mmh… Je pense que cette petite remise au point suffira à te rappeler le sens du travail bien fait. La déception que tu m'infliges ne se reproduira, je l'espère, pas de sitôt. Tu peux disposer. Retourne te racheter une réputation irréprochable."

Je sortis du bureau à reculons, ne le quittant pas des yeux, lui, son sourire satisfait et narquois, sa manche légèrement teintée d'écarlate, son regard effrayant. Je refermai la porte et m'essuyai le menton où mon sang avait coulé en une petite rigole rouge. Mes services appréciables avaient apparemment portés leurs fruits car l'entretien s'était plutôt bien déroulé malgré mon échec factice de la nuit dernière. Valchior savait ménager ses bons éléments, se contentant de la petite démonstration d'autorité qui s'imposait. Je retournai chercher le livre dans sa cachette et le cachai dans ma besace, enroulant ma veste autour afin de le soustraire aux regards. Je pris d'ailleurs bien soin, en sortant de l'entrepôt, d'entrouvrir mon sac, faisant mine d'hésiter à enfiler de quoi me protéger du vent avant d'y renoncer, en me plaçant dans le champ de vision de l'œil suspicieux du Grisou. Je remarquai son attention soupçonneuse puis son désintéressement en apercevant l'intérieur de ma musette, souris intérieurement et rentrai chez moi.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Sam 31 Mai 2014 - 20:14

Merya : (adj.) festif – Extrait du Dictionnaire Quenya

Je retournai directement dans ma chambre, attendant ma prochaine mission. J'avais eu tout le temps de réfléchir à mon curieux comportement. J'étais à présent en mesure d'expliquer ma réaction, de poser des mots sur ce qui m'avait poussé à agir de la sorte. J'avais menti à la Guilde, renoncé à ma récompense et accepté la réprimande pour une simple et unique chose : l'espoir. Un jour, une fois dans ma vie, quelqu'un m'avait offert un objet de valeur capable de m'ouvrir les yeux sur le monde. Quelqu'un m'avait considéré, pour de vrai, et m'avait confié à moi et moi seul un bien précieux et admirable. Le premier cadeau qui me fut jamais donné. Comment aurais-je pu m'en séparer comme d'un vulgaire colis sitôt mon bienfaiteur disparu ? Je ne me lassais pas de tourner les pages du livre, découvrant à chaque nouveau texte et chaque nouvelle image une nouvelle raison de garder l'ouvrage hors des griffes avides de la Guilde des Doigts de Velours… Soudain, le battant de ma porte s'ouvrit dans un fracas sur une exclamation tonitruante : Tobar venait de faire son entrée dans ma chambre avec le rire sonore de celui qui a ramené un salaire inhabituellement gratifiant.

"Connor ! J'te paie une tournée ! Vingt-huit pièces d'argent pour un pauv' bout de tissu, tu m'en diras des nouvelles ! T'inquiète, c'est moi qui régale !"

A ce moment précis, son regard tomba sur ce que je tenais dans les mains et son sourire se figea.

"Connor… Me dis pas qu'c'est… T'as pas fait ça ?"

Je me levai d'un bond, refermant le livre d'un coup sec. Je m'approchai de Tobar, le tirai dans la pièce et claquai la porte sur nous. Repoussant mes cheveux en arrière des deux mains, les doigts ébouriffant mes mèches blondes, je le fixai nerveusement, jetai un coup d'œil au grimoire, revins au jeune colosse qui me regardait, effaré, une expression d'incompréhension s'étalant sur ses traits grossiers.

"Je… Tobar, je vais t'expliquer… Mais s'il te plait, n'en parle à personne."

Je lui racontai alors l'étrange nuit de la veille. A la fin de mon récit, il se frotta le menton, qu'il avait mal rasé, de la paume de la main, produisant un bruit semblable à celui d'un balais frottant le pont d'un bateau en partance.

"Et ben, tu t'es fourré dans d'sales draps Connor ! S'ils découvrent c'que t'as fait ils te f'ront passer un sale quart d'heure ! Et imagine si c'est l'vieux Grisou qui s'en rend compte… Il se payera une sacré prime et n'hésitera pas l'moins du monde à t'dénoncer ! Raaah… J'comprends pas pourquoi tu fais tout ce cirque pour garder un bouquin. Il doit valoir une fortune ! … Ah j'y suis ! Tu comptes le vendre toi-même c'est ça ? Ils vont t'faire la peau s'tu fais ça !
- Tu n'y es pas du tout Tobar. Je… C'est difficile à expliquer. Il a de la valeur pour moi, mais pas au sens de ce qu'il pourrait me rapporter en termes d'argent. Il est à moi tu comprends ? Je ne l'ai pas volé, alors il n'appartient pas à la Guilde.
"

Le jeune truand me fit une grimace significative et conclut soudain : "Tout ça m'a donné soif ! Tes histoires sont vraiment trop prises de tête… Si on allait boire un coup ?"

Nous passâmes une soirée guillerette et un peu trop arrosée il est vrai. Tobar avait invité à notre table deux autres jeunes de la Guilde et tous les quatre nous sifflions les plus jolies demoiselles qui entraient dans la taverne que nous avions investie. Quand le patron s'approcha de nous pour nous dire de nous calmer, Tobar se leva et fit rouler ses épaules.

"He grand-père, on fait rien de mal alors fiche nous la paix tu veux ?"

L'homme protesta pour la forme mais nous pûmes continuer notre jeu insolent en toute impunité jusque tard dans la soirée. Lorsque je rentrai chez moi, je ne marchais plus tout à fait droit et je savais déjà que le réveil serait des plus difficiles. Je n'imaginais pas à quel point.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Dim 1 Juin 2014 - 0:28

norië : (nom) course - Extrait du Dictionnaire Quenya

Il était près de midi quand j'ouvris les yeux sur un soleil aveuglant dont les rayons agressifs envahissaient ma chambre. Allongé en travers de mon lit, tout habillé, j'ouvris une bouche pâteuse et émis le plus lamentable des gémissements. Les souvenirs de l'ivresse de la veille se noyaient dans l'immense brouillard nébuleux aux paresseuses volutes qui flottait dans mon cerveau. Je levai lentement une main pesante vers un gobelet de bois posé sur ma table de nuit… malheureusement vide. Avec un grognement des plus mélodieux, je quittai le lit, me trainai jusqu'à une bassine remplie d'eau froide et y plongeai la tête. Le contact du liquide sur ma peau me fit l'effet escompté et j'en ressortis un peu pus lucide que je n'y étais entré. Observant la pièce, j'avisai mon coffre, en sortis au hasard des vêtements qui me paraissaient propres et relativement assortis et les enfilai. Mon crâne s'acharnait à me reprocher mes excès quand trois coups polis retentirent à la porte. Intrigué, j'allais ouvrir. Je me retrouvai nez-à-nez avec Valchior.

"Bonjour jeune homme. Il semblerait que notre conversation d'hier ne soit pas terminée."

Je reculai précipitamment, pris d'effroi, parfaitement réveillé à présent. Derrière lui se tenait le Grisou dont le sourire tordu recelait de pensées sournoises. Deux autres sbires de la Guildes les accompagnaient. Et parmi eux…

"Tobar ?! Mais… mais qu'est-ce que t'as fait ?!"

Le voleur détourna les yeux pour ne pas avoir à croiser les miens. Valchior répondit à sa place :

"Ce qu'il y avait de mieux à faire : se montrer honnête et fidèle à de la Guilde qui te loge et te nourrit. Il semble que tu aies oublié ce que tu lui dois. Nous sommes venus te le rappeler. Mais pour commencer, où est ce livre ?"

J'étais totalement pris au piège. Déglutissant nerveusement avec difficulté, je me retournai vers mon lit, m'avançai comme un automate vers les draps défaits et en tirai le gros ouvrage.

"Bien… Tu sembles au moins prêt à coopérer. Peut-être serons-nous plus indulgent à ton égard… Le Grisou ? Donne au jeune Tobar la récompense qui lui revient."

Le serviteur famélique jeta à celui que je pensais être mon ami une bourse dont le tintement était sans équivoque. Valchior reprit :

"Parfait, maintenant jeune inconscient, donne-moi ce livre."

Je baissais les yeux sur le grimoire. Fis de nouveau face à mon bourreau. Levai la tête. Valchior tendit une main impérieuse, ouverte, paume vers le ciel. Je baissais de nouveau les yeux sur mon bien. Il m'appartenait, je ne l'avais pas volé, ce n'était pas une propriété de la Guilde.

"Allons mon garçon, nous n'avons pas toute la journée. Donne-moi le livre !"

Il n'appartenait pas à la Guilde.

"Donne-le moi Connor."

Il n'appartenait pas à la Guilde.

"DONNE-MOI CE LIVRE IMMEDIATEMENT !"

Il n'appartenait pas à la Guilde. Et moi non plus.

Je fis volte-face et me précipitai vers la fenêtre, serrant contre moi le précieux recueil. J'entendis derrière moi des cris où se mêlaient surprise, colère, frustration. Dans une brisure miroitante, le verre de l'ouverture explosa dans un millier d'éclats. Je sentis le vide m'aspirer comme au ralenti, le sol pavé de Calimenda m'appelant silencieusement. Je n'étais pas totalement inconscient cependant : de ma fenêtre, on apercevait la rue, mais située au deuxième étage, ma chambre surplombait le toit de l'étage inférieur. La brutalité de l'impact sur les ardoises me ramena à l'instant présent. Je roulai sur le pan incliné, m'immobilisai finalement, me relevai, sautai sur le petit balcon en contrebas, crochetai le rebord, m'y suspendis et me laissai tomber directement sur la terre ferme.

"Attrapez-le !"

Serrant toujours le livre, je détalai sans me retourner.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Sam 19 Juil 2014 - 1:32

Hehey ! Je me fiche pas de vous : voilà un gros chapitre pour les quelques courageux qui suivent encore (s'il y en a)...



Ils allaient me trouver c'était sûr. Avec le réseau d'informations dont ils disposaient ce n'était qu'une question d'heures. Que pouvais-je faire ? Me rendre et leur donner le livre pour espérer un châtiment moins grand que celui que j'allais subir s'ils m'attrapaient en temps que fugitif ? Me terrer dans un recoin sombre, dans les bas-fonds de la ville pour échapper à leur vengeance au prix d'une vie de rat craintif ? Combattre une organisation à mille têtes, telle une hydre insurmontable ? Non… Aucune de ces solutions n'était envisageable… Caché au milieu de caisses et de tonneaux recouverts de filets du port, recroquevillé sur moi-même, tremblant au moindre bruit de pas se rapprochant, je prenais peu à peu conscience de l'ampleur de ma folie. Ma vie venait de s'écrouler en quelques instants. Un ami m'avait trahi et tout était terminé. Je fus pris d'une colère haineuse envers Tobar, puis la seconde d'après par une tristesse pleine de regrets. Comment avait-il pu faire cela ? Notre amitié de longue date n'avait-elle donc aucune valeur à ses yeux ? Un chemin, une occasion, un brin d'avenir divergeant et tout était balayé ? J'avais envie d'aller le frapper, de le prendre par les épaules et de lui hurler de se réveiller. N'avait-il pas conscience du mal qu'il avait fait ? Sacrifier les gens qui se sentaient proches de lui ne l'émouvait donc en rien ? Etait-ce si facile de se débarrasser d'un sentiment ? Je ne pouvais pas pardonner. On ne pardonne pas l'abandon. Je ne pardonne pas l'abandon.

La nuit tombée, je m'extirpai de ma cachette. La bouche sèche, il me fallait à boire. Mon ventre, habitué à se contenter de peu n'osait pas se plaindre, mais ma gorge réclamait à grands cris de quoi mettre fin à cette déshydratation forcée. Sur mes gardes, surveillant mes arrières, je me dirigeai avec prudence vers une taverne proche. Elle possédait trois portes d'entrée, ce qui en faisait l'une des plus propices aux assassinats, la facilité de la fuite étant grandement avantagée par cette multiplication des issues. J'entrai et commandai une choppe pour me désaltérer. L'établissement était bondé, comme à son habitude. On y jouait beaucoup, on y gagnait peu, on se battait souvent pour ne pas trop perdre. Les dés roulaient sur les tables, les bras de fer se confrontaient, les cartes s'abattaient ou disparaissaient dans les manches. Au Matelot taquin, les salles ne désemplissaient jamais. Je sirotai ma commande avec retenue, essayant de me retenir d'avaler sa totalité en une grande gorgée. Il y avait beaucoup de bruit et il faisait chaud. Une partie animée résonnait depuis l'étage supérieur. Soudain il y eut un hurlement de victoire et le vainqueur de la manche apparut en haut de l''escalier, plusieurs bourses dans les mains. Très probablement aviné, il annonça une tournée générale dont je profitai. Ma soif étanchée, je tournai les talons et sortis. Dehors, plusieurs gaillards allumaient leur pipe ou roulaient leurs herbes à fumer. Je décidai de ne pas m'attarder et de me trouver un endroit sûr pour dormir. Alors que je dépassai le dernier fumeur, celui-ci posa une main sur mon épaule ?

"T'aurais pas du feu dis ? Une 'tite allumette perdue dans ta poche ?"

Je tressaillis. Même rendue pâteuse par l'abus d'alcool, la voix était sans équivoque. Je me retournai et, m'accroupissant vivement pour ramasser une pierre que je serrai dans mon poing, je balançai le crochet le plus monumental que je puisse décocher. Tobar tituba en arrière, complètement pris au dépourvu et sonné. Je ne savais pas quel hasard au sens de l'ironie très affûté m'avait mis face à lui, mais je n'allais pas m'arrêter en si bon chemin. Les témoins de la scène se taisaient peu à peu, prenant conscience de la lutte qui se jouait.

"Qu'est-ce que tu fous ici, connard ? je lui crachai avant de lui asséner un autre coup, T'es venu dépenser le fric que t'as gagné en bousillant ma vie ? Hein ? C'est ça ?"

Tobar perdis l'équilibre et se raccrocha au mur pour ne pas tomber.

"Ils t'ont payé combien ? Hein dis ? Combien ils t'ont donné ? Dis-moi donc combien je vaux ! Je veux dire, combien je vaux pour toi ? C'est bien toi qui m'appelais encore frère la veille en rentrant de ta soirée de gloire ? Alors mon frère, vas-y, dis-moi combien ça coûte de livrer un ami ?"

Le colosse se redressa de toute sa hauteur, comprenant enfin ce qui se passait. La lumière filtrant des vitres brouillées par le sel l'éclairait en contre-jour, si bien que je ne voyais que les arêtes marquées de son visage. Il avança vers moi et tenta de me rendre la pareille. Mais il n'était pas assez lucide pour m'atteindre et je l'esquivai facilement.

"Tu comprends rien Connor ! C'pas contre toi que j'ai fait ça ! Moi c'que j'veux c'est changer. J'en ai marre de faire partie des larbins, t'vois ? Alors si j'dois sacrifier des gens pour avancer, il faut que j'le fasse ! La Guilde, c'est mon seul moyen de d'venir autre chose que Tobar-le-soudard ! Ils m'avaient promis qu'ils s'raient pas trop durs avec toi ! Ils m'l'avaient promis ! C'toi qu'à tout gâché ! T'as réfléchi un peu ? A ce que moi j'pouvais ressentir ? Tu crois que t'es le seul qui galère ? Que c'est moi le coupable de tout ?"

Mes phalanges firent éclater son nez.

"Et alors quoi !? C'est moi le responsable !? Tu me jettes comme quelqu'un d'accessoire et c'est toi qui souffres !? T'es vraiment qu'un abruti et un égoïste ! Comment j'ai pu te considérer comme mon ami !?"

Une poigne d'acier se referme sur mon bras comme un étau, stoppant net son élan qui allait le projeter une nouvelle fois vers le visage de Tobar. Je tourne la tête, furieux : c'est le mystérieux propriétaire du livre qui retient mon poignet entre ses doigts.

"Peut-être devrais-tu remettre ta vengeance à plus tard mon garçon… On dirait que les renforts arrivent."

En effet, trois membres de la Guilde, probablement restés à l'intérieur pour finir leur jeu ou leur boisson, viennent de sortir prendre le frais et de nous apercevoir moi et mon ancien ami.

"Il serait temps de décamper. "

Me tirant par le bras, l'inconnu m'entraîne à sa suite, fuyant dans la nuit.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Lun 21 Juil 2014 - 23:54

etelehta- : (vb.) délivrer, sauver – Extrait du Dictionnaire Quenya

Dans les dédales de rues, je mis longtemps à reprendre le contrôle de mes esprits. Ce n'est qu'au bout d'une longue demi-heure de course que je me rendis compte que je serrais toujours la pierre qui m'avait servi à donner plus de force à mes coups de poing. Mes phalanges étaient légèrement rougies, mais j'avais frappé correctement et ne m'étais pas blessé moi-même. En revanche, elles étaient couvertes du sang de Tobar qui avait jailli quand son nez avait cédé en un craquement. J'eu à la fois honte de m'être ainsi laissé aller à la violence, mais une sorte de soulagement apaisait ce sentiment à l'idée que je lui avais fait mal. Oui, Tobar avait eu mal. Peut-être moins que moi, mais c'était déjà suffisant pour que je me sente mieux. Je retiendrais de lui ce regard trouble et cherchant justifier l'injustifiable.

L'homme qui m'avait tiré de ce mauvais pas continuait à m'entraîner dans sa course, sans un regard en arrière, pivotant, slalomant, effleurant à peine les passants nocturnes qu'il rencontrait, les frôlant avec subtilité et adresse pour s'écarter le moins possible de sa trajectoire. Il ne faisait presque pas de bruit en courant. Ses enjambées avaient beau être longues, puissantes et dynamiques, ses pieds se posaient toujours dans un bref claquement feutré qu'on aurait pu prendre pour un rideau battant doucement dans la brise. Toute en souplesse, sa façon de se mouvoir avait quelque chose de félin et d'étonnant. Je lui enviai cette démarche et cette adresse.

"Où va-t-on ?" haletais-je comme je pouvais entre deux foulées

L'inconnu ne me répondit pas et s'engouffra dans une nouvelle ruelle.

"Hey ! Où m'amenez-vous ! Dîtes-moi !"

Il prit un virage serré puis me plaqua contre un mur en s'arrêtant brusquement. Alors que je m'apprêtais à le questionner pour la troisième fois, il abattit sa paume sur ma bouche, me bâillonnant. Je commençai à me débattre quand je vis un groupe d'hommes passer au pas de course dans la rue que nous venions de quitter. Je cessai immédiatement. Après quelques secondes, mon bienfaiteur me relâcha. Un millier de questions se pressaient sur mes lèvres. Je ne pus en poser une seule car à l'instant où j'ouvris la bouche, l'inconnu m'interrompit en chuchotant :

"Tu as gardé le livre n'est-ce pas ?"

J'écartai le pan de ma veste, dévoilant une musette contenant le gros ouvrage.

"Bien, je savais que je ne m'étais pas trompé sur toi. Tu es avide de rencontres et de voyages…"

Je ne sus quoi dire, perturbé par l'étrangeté du discours de ce personnage. Personne ne s'était jamais adressé à moi d'une telle façon. On sentait les louanges et l'admiration qui perçaient dans sa voix. Cela me toucha profondément.

"Es-tu prêt pour la suite de notre balade au clair de lune ? Je voudrais être sûr que nous les avons bien semés avant de te proposer un refuge pour le reste de la nuit."

J'approuvai de la tête. Bien sûr que j'étais prêt. Courir faisait partie du quotidien d'un voleur.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Sam 8 Nov 2014 - 22:26

"Voilà comment j'ai rencontré Géode pour la première fois. Par un heureux hasard qui m'a changé du tout au tout. Je suppose à t'entendre que nous ne sommes pas si différents. On était tous les deux perdus quand il nous a trouvé pas vrai ?"

Ce retour à la réalité me sort de l'état d'absence où le récit m'avait plongée. Ecouter une histoire me fait toujours cet effet. J'oublie totalement ce qui m'entoure pour ne plus vivre que les paroles du conteur. Je suis totalement engloutie par le personnage et je ne vois plus que par ses yeux jusqu'à ce qu'on m'en tire comme on tire quelqu'un de l'eau ou il s'est laissé glisser.

Je hoche la tête, approuvant ses paroles.

"Ce tournant a été décisif. C'est le genre de virage qui ne se présente pas deux fois dans la vie. Il ne faut pas le rater. Quand je vois où j'en suis maintenant et que je regarde en arrière, je me dis que ça a vraiment été une chance pour moi de m'être fait broyer les doigts en donnant mon coup de poing cette fameuse nuit."

Il rit. C'est un son frais.

"Je vois que Géode nous a rejoint." fait-il en désignant une silhouette familière discutant avec un homme que je n'ai jamais vu en contrebas.

"Nous devrions descendre." j'approuve.

Nous quittons le mât avec grâce ou prudence et regagnons la terre ferme. Nous apercevant arriver, Géode sert la main de son interlocuteur, un homme petit mais de bonne carrure, aux yeux violets profonds et aux cheveux noirs et lisses. Il tourne les talons et disparaît avant que nous soyons suffisamment proches pour le saluer. Je fronce les sourcils intriguée : dans cette ville, le caractère jovial des habitants, de part son aspect commercial notamment, pousse les gens à se connaître les uns et les autres. Il est peu courant d'éviter le contact de cette manière peu subtile. Géode me distrait néanmoins de cette pensée :

"Bonjour Connor ! Belle journée aujourd'hui n'est-ce pas ? Bien, Lucyll, je pense que nous devrions rentrer, j'ai d'intéressantes choses à t'apprendre !"

Il agrémente cette affirmation d'un sourire énigmatique qui fait bouillonner mon imagination. Je me retourne vers Connor.

"Merci beaucoup pour cette agréable après-midi ! J'espère que j'aurai l'occasion d'entendre la fin de ton histoire !
- J'espère avoir l'occasion de te la conter ! A la prochaine !
"

Je lui souris puis j'emboite le pas à Géode qui gravis déjà la côte du village en direction du phare.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Dim 9 Nov 2014 - 0:41

vala : (nom) pouvoir, dieu – Extrait du Dictionnaire Quenya

88ème jour – Deuxième étage du phare, dans le cabinet de Géode

Géode assis dans le fauteuil confortable et vieillissant du bureau joue distraitement à faire pivoter des pièces de verre autour d'un axe de métal sans que je comprenne ni le fonctionnement ni l'utilité de l'objet qu'il manipule. Installée dans une des chaises, sur un coussin d'un tissu orangé (l'une des seules qui ne soient pas encore recouvertes d'un monceau de livres et de parchemins), je suis ses doigts du regard avant de l'interroger pour le sortir de ses pensées.

"D'intéressantes choses avez-vous dit ?"

Géode se redresse et me regarde dans les yeux.

"Oui, intéressantes. J'ai discuté avec l'un de mes informateurs aujourd'hui. Tu te souviens des fidèles qui t'ont attaqué la première fois que nous nous sommes rencontrés ? Il portait la marque du dieu Shaïzo : un cercle blanc encadré de deux triangles rouges ; l'un au dessus pointant vers le haut, l'autre en dessous, pointant vers le bas.
- Oui, vous m'avez dit qu'il s'agissait d'un dieu plutôt récent, mais qu'il prenait peu à peu du pouvoir dans la région.
"

Mon professeur hoche la tête, content de l'effort de mémoire.

"C'est tout à fait cela. Je ne t'ai pas reparlé de ses agissements depuis ce jour. Peut-être est-il temps que tu en saches un peu plus…"

Attentive, je replie mes jambes en tailleur. Géode prend une inspiration et commence :

"Il y a des années de cela, bien plus longtemps que tu ne peux l'imaginer, un être s'est mis en tête d'acquérir la puissance d'un dieu. Personne ne se souvient de qui il était quand il menait encore une vie de mortel. Ce qui est certain, c'est qu'il s'agissait d'un grand mage, avide de pouvoir. Il voulait décupler sa puissance pour atteindre les limites de ce que pouvait offrir la magie de plus extraordinaire. Avoir le monde à ses pieds, tel était son rêve. Tel est-il encore…

Cet être donc, dont l'avidité était sans pareille, décida de se rendre dans le désert d'Orka dans lequel, disait-on, se trouvait un artefact capable de donner des pouvoirs divins à celui qui le trouvait. Après maintes recherches et maints combats, il le découvrit enfin. Mais, aveuglé par sa victoire et par sa cupidité, il sous-estima ses forces : l'artefact lui donna un grand pouvoir mais son corps ne pu le supporter et se il consuma. Il aurait du mourir et disparaître dans le néant, mais il n'en fut rien. Sa conscience se raccrocha au premier être vivant qu'il rencontra et en pris le contrôle.

Il demeura ainsi longtemps dans son hôte avant de choisir un corps plus adapté à ses ambitions : un humain. Il le corrompit et en fit de lui son premier adepte. Il fit naître en lui un rêve de conquête qui le rongea jusqu'à l'âme : parcourir les terres les plus reculées à la recherche d'artefacts afin d'amasser une puissance suffisante pour lui redonner un corps et ainsi marcher sur le monde.

Ainsi naquit Shaïzo, Dieu de l'avidité et des trésors.
"

Géode s'arrête un instant, le regard fixe. Les rayons du soleil couchant s'insinuant par la fenêtre et sculptés par les rideaux dessinent de curieuses arabesques sur son visage. Puis mon mentor revient vers moi.

"Le culte de Shaïzo se répand comme une mauvaise grippe. Une forteresse s'élève maintenant au centre du désert d'Orka où ses fidèles amassent des quantités de trésors d'une valeur inestimable qu'ils arrachent, pillent et subtilisent aux peuples qui les détiennent. Leur dieu attend d'avoir constitué une réserve d'énergie suffisamment puissante pour se créer un corps à la mesure de ses ambitions et capable de contenir le fabuleux pouvoir qu'il porte à présent en lui. Shaïzo est comme une peste qui tue ceux qui lui résiste et infecte les plus faibles. J'ai fait de ma lutte contre son expansion une affaire personnelle. J'ai, parmi ses fidèles, un informateur qui me tient au courant des prochaines cibles du dieu. On m'a rapporté aujourd'hui qu'il convoitait un anneau jalousement gardé secret par les Valkyries. Je pense profiter du voyage de l'Ecume Audacieuse vers le Nord pour prendre Shaïzo de cours et m'emparer de l'anneau avant lui ou prévenir ses propriétaires des dangers qui pèsent sur leur artefact."

Je suis suspendue à ses lèvres, complètement muette, attendant la suite, une brusque montée d'adrénaline me réchauffant le ventre. Tendue. Géode me fixe dans les yeux à présent, de ce regard intense qu'il emploie pour les grandes questions.

"Je te propose, si es d'accord, de m'accompagner dans cette quête. Ce sera dangereux, je ne te le cache pas, mais il est temps de te confronter au monde réel. Les passes que nous exécutons au bâton ont un sens, ce voyage pourrait bien te l'apprendre. Mais si tu acceptes, alors il faudra passer par une dernière initiation, et celle-ci sera sans doute plus difficile pour toi que ne l'ont été les autres."

Les petites plaques de verre sont immobiles entre ses doigts. J'entends mon cœur battre contre mes côtes, comme pour prouver qu'il est vivant, avide d'en démordre avec le véritable danger.

"Je viens avec vous."


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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Sam 21 Mar 2015 - 23:19

89ème jour – Au port d'Eseope

"Il nous faut un bateau, attends une minute, je reviens."

Géode me laisse sur les quais et disparaît dans un petit comptoir. Je patiente en profitant du soleil. Des pêcheurs se disputent un peu plus loin, tentant de démêler leurs filets empêtrés tout en protestant. Des oiseaux marins tournent dans le ciel en se riant des passants. J'en reconnais certains. Mouettes, macareux, un cormoran perché sur un ponton. L'Ecume Audacieuse mouille un peu plus loin. Une brise iodée souffle sur le port. L'air est doux et salé. En regardant vers le nord, on aperçoit l'île de Chem qui se perd dans le flou de l'horizon. C'est là que je vais. C'est là que Géode me réserve sa dernière initiation. Il ne m'en a rien dit, fidèle à son naturel énigmatique et espiègle. Elle durera sans doute plusieurs jours. Je ne m'en inquiète pas.

L'Ecume Audacieuse part pour deux semaines rejoindre le Port Emerin, sur les côtes du royaume riche de diamants qu'est Eméris. Ce pays dont la succession souveraine tumultueuse ravit les racontars de la haute-bourgeoisie est, parait-il, aussi beau qu'il est hypocrite. Son faste et sa magnificence s'achètent au prix de l'esclavagisme. Les Rois et Reines assassinés montrent à quel point richesse et pouvoir sont les enjeux primordiaux de ce peuple. Je reste pensive en imaginant quelle peut être la mentalité d'un Emérisien ordinaire… ou celle d'un membre de l'aristocratie… ou même de la royauté ! Je m'amuse de ma question. Aurais-je jamais l'occasion d'en rencontrer ?

Géode revient accompagné d'un gros bonhomme moustachu et aux joues rouges dont les sourcils (où plutôt le sourcil) roux semblent prendre feu sur son front. Il souffle comme un bœuf pour soutenir l'allure de mon mentor qui pourtant marche à pas mesurés. Il s'arrête devant moi, attend courtoisement son acolyte, puis me désigne un petit voilier amarré tout près :

"Nous allons prendre le bateau de Monsieur Roff. Il a gentiment accepté de nous conduire sur l'Île de Chem. D'après lui le trajet prendra deux heures au moins. J'espère que tu n'as pas le mal de mer."

J'acquiesce, jetant un regard un peu inquiet à notre guide qui ne semble pas le plus adroit des navigateurs. La météo clémente ne sera sans doute pas de trop pour nous mener à bon port… Nous embarquons donc tant bien que mal et je prends la mer pour la toute première fois. La sensation est grisante quand j'observe le littoral s'éloigner peu à peu pour laisser place à une ligne irrégulière et multicolore. Le vent du large fait battre la toile de notre voilier et fait voler mes cheveux en tout sens. Comme un écho à la sensation de liberté et d'aventure qui semble plus prenante que jamais. Ce départ semble peu mais revêt tout de même toute son importance : je m'en vais vers une dernière épreuve avant de partir à la découverte du monde.


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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Mer 15 Avr 2015 - 19:51

IIè Partie – Le Nord

89ème jour – Île de Chem

Le fond de la coque de notre embarcation racle les pierres de la grève. Nous débarquons sur une plage de galets. L'île parait déserte et silencieuse. Seuls quelques oiseaux marins tournent autour de la cime des arbres en poussant de temps en temps un de ces cris plaintifs qui réveillent les pêcheurs au matin. Le temps est clair et serein, mais rien n'est plus changeant qu'un climat côtier. Un vent froid souffle sur la plage, faisant rouler quelques coquillages. Je resserre les pans de mon manteau.

Géode dépose à mes pieds un sac de bonne taille, d ceux que l'on porte en baluchon sur une épaule. Je lui lance un regard interrogateur.

"Ce sont des vivres pour quelques jour, tu en auras besoin. J'y ai aussi glissé un livre ou deux, tu pourrais leur trouver un intérêt…"

Je fronce les sourcils sans comprendre.
"Euh… vous comptez me laisser là ?
- Tout à fait oui !
- Et… Pendant combien de temps ?!
- Et bien, ça dépendra en partie de toi. Mais de quelqu'un d'autre aussi. Tu ne seras pas complètement seule sur cette île.
- Comment ça ? Vous n'aviez pas parlé d'une initiation ?
- Ne t'inquiète pas, quoi qu'il arrive, je viendrai te chercher avant le départ de l'Ecume Audacieuse vers le Nord.
"

Je proteste quelques minutes pour la forme mais je commence à m'habituer aux épreuves farfelues de Géode. Je sais qu'il est inutile de demander de plus amples informations, je n'aurais droit qu'à des phrases sibyllines Je me contente d'arborer une moue boudeuse tandis que le bateau s'éloigne, mon mentor m'adressant un sourire moqueur et un salut nonchalant.

Bon, très bien. Je suppose que tout ceci fait partie d'un plan ineffable et que je n'ai qu'à affronter la nouvelle épreuve que l'on place sur mon chemin. Soit. Je me débrouillerai. Il est encore tôt, j'ai toute la journée pour explorer l'île. Il semble que je doive m'établir quelques jours dessus, il va donc falloir que je trouve un endroit adéquat pour protéger mes vivres et dormir en toute quiétude. Je charge le sac sur mon épaule, étouffe un grognement en éprouvant son poids embarrassant, fais quelques pas pour tester le manque d'équilibre engendré puis me mets en route.


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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Lun 29 Juin 2015 - 2:31

89ème jour – Île de Chem

"Raah pu… ah.. non non nooon !"

Le petit toit s'écroule de nouveau. Rageusement, je donne un coup de pied dans les branches que j'essayais vainement de joindre pour constituer une protection à la pluie. J'ai trouvé un endroit pour établir un petit campement pour les jours que j'aurai à passer sur l'îlot; un amoncellement de rochers en amont de la plage forme comme une grande alcôve à laquelle il manquerait un toit. La roche irrégulière me permet de caler mon sac et de cacher des provisions dans des anfractuosités en hauteur tandis que des poignées de sable assouplissent le sol pour m'offrir un matelas. Tout serait parfait si je pouvais fabriquer un semblant de couvercle pour refermer ce petit demi-cercle de quiétude et le soustraire aux intempéries. Malheureusement, alors que tout semble tenir, il se produit régulièrement des rafales de vent qui ont raison de ma construction. Je décide finalement qu'il ne pleuvra pas.

Avant de m'atteler à mes travaux manuels, j'ai fait le tour de l'île. J'ai ainsi pu constater qu'elle est assez petite, puisque il ne m'a fallu qu'une heure pour revenir à mon point de départ, et que ses plages sont rares. En effet, sur la majeure partie de son pourtour, ce sont des falaises qui surplombent la mer, n'offrant que trois petites criques. La forêt recouvre presque entièrement l'intérieur des terres, mais je ne m'y suis pour l'instant pas aventurée profondément, me doutant que l'épreuve imposée par Géode s'y tapit. Je devrais néanmoins m'y risquer bientôt : le sac de Géode contient une outre d'eau… parfaitement vide. Sale sournois.

Je ne saurais dire si l'île est habitée. Je n'ai croisé personne n'y aperçu la moindre trace d'habitation ou de construction quelconque. Mais puisque le peu d'indices donnés par mon mentor suggèrent que je ne suis pas tout à fait seule, je préfère cacher soigneusement mon sac dans les recoins de ma cabane improvisée. Mon épée au côté, l'outre dans la main, je consulte le soleil, considère que je dispose d'un bon laps de temps avant le nuit, et pars à la recherche d'un ruisseau.


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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Ven 3 Juil 2015 - 2:43

89ème jour – Île de Chem

La forêt de l'île est calme. J'entrevois de nombreux oiseaux, surprends quelques rongeurs mais n'aperçois aucun animal de grande taille. Je marche lentement en faisant attention à chaque pas pour le poser avec précision, un peu à la manière de Sylfaël tel que je l'observais dans Martavà, sans égaler néanmoins la légèreté de sa foulée d'elfe. L'outre bat sur ma hanche, passée en bandoulière, mes bottes foulent une terre sableuse, quelques branches basses s'accrochent à la toile de mon pantalon, j'ai un peu relevé les manches de ma chemise sur mes bras car l'air est doux. Je m'enfonce un peu plus dans le bois, étudiant les différents sons, cherchant celui glougloutant d'un ruisseau. En marchant, je me récite silencieusement les mots de Quenya que j'ai appris avec Géode. J'en apprends de nouveaux chaque jour en feuilletant un dictionnaire de la langue elfique que mon mentor m'a confié. J'ai remarqué qu'il existe parfois un nombre incroyable de synonymes pour un seul mot, chacun comportant une infime nuance ou précision qui peut parfaire l'expression exacte de ce que l'on pense. Le mot signifiant "lumière" que j'ai appris par exemple, peut s'affiner en fonction de l'intensité, de la forme, et de la couleur de celle-ci. D'autres en revanche, regroupent des notions proches en un seul et même terme "béni", "chanceux" et "riche" se traduit par exemple tous trois par "herenya". Les subtilités sont multiples, mais comme les mots agissent comme des catalyseurs, je n'ai pas besoin de phrases ou de structures complexes pour élaborer les sortilèges que je pourrai lancer plus tard quand mon entrainement aura porté ses fruits. Je me contente pour l'instant d'une magie simple et pratique. Feu, lumière, lévitation de petits objets sont pour l'instant les seules choses que je peux faire. Néanmoins, les objets grossissent de jour en jour, mes lumières se font plus contrôlées, mes feux plus dociles. Géode semble content de mes progrès. J'ai l'impression d'avancer à une lenteur extrême. A présent j'entre et sors du monde énergétique avec une rapidité nonchalante trahissant la banalité de l'exercice. Je discerne les autres êtres à l'énergie qu'ils dégagent, des consciences à la limite de la mienne, des sources semblables à moi-même. Je les vois d'une autre façon, comme des silhouettes colorées entourées d'auras plus ou moins imposantes.

C'est presque sans y penser que je bascule dans cette autre vision du monde tandis que je me dirige vers l'origine d'un son qui me semble être celui d'une eau courante. J'ouvre simplement les yeux sur un univers aux teintes irréelles nimbé de halots.

Je m'immobilise brusquement. Me raidis. M'accroupis comme un chasseur subitement devenu proie. Je discerne un peu partout les lueurs des êtres peuplant la forêt, entourés de leurs auras respectives. Arbres, insectes, petits mammifères… Mais quelque chose surpasse tout le reste. L'air en est saturé. Cela recouvre presque toute l'île d'un philtre orangé. Je ne parviens tout d'abord pas à comprendre ce que cela signifie avant de prendre conscience d'un fait aussi incroyable qu'inquiétant : cette vague vibrante aux teintes flamboyante est en fait une gigantesque aura provenant d'un seul et même esprit. Je n'ose même pas imaginer ce qui pourrait créer une telle présence, mais une chose est sûre : je ne suis effectivement pas seule sur cette île, et le second occupant possède une puissance au-delà de toute concurrence.

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MessageSujet: Re: Journal de voyage - Des mots, des souvenirs, des couleurs et du vent...   Lun 17 Aoû 2015 - 2:20

89ème jour – Île de Chem

Je ne me sens plus du tout seule sur cette île. La présence écrasante stagne partout, c'en est étouffant. Je ne saisis pas de quoi cela peut bien provenir. Cela m'effraie car, malgré mes exercices, rien ne me préparait à me confronter à une telle force de la nature. Je ne peux même pas savoir si cette aura vient d'une plante, d'un animal ou d'un être pensant, si cela est gros ou de taille raisonnable mais d'une puissance omnisciente, ou même s'il s'agit d'une ou de plusieurs âmes fusionnées… Cela m'intrigue profondément. Me fascine. J'ai depuis longtemps compris comment accéder à la vision des auras, je me doute du potentiel qu'il y a à sortir des limites de son propre esprit pour aller à la rencontre d'un autre, mais je n'effleure pas de la moindre intuition ce qui peut être à l'origine d'une telle puissance.

La prudence toque à la porte. La curiosité l'écoute d'une oreille distraite avant de continuer son chemin. De toute façon, la sagesse n'a jamais existé.

Je m'immerge dans le monde des auras et marche vers le centre. Si la source doit être quelque part, elle sera là. Je traverse le bois, récupère distraitement de l'eau à un ruisseau. Je me fais la réflexion que Géode ne m'a pas encore appris à poser des pièges à gibier, et j'espère qu'il me l'enseignera bientôt. L'univers est une multitude de couleurs pulsant au rythme de la vie. Il est bien plus aisé de l'observer ainsi, sans la tromperie du camouflage, et de découvrir ce qu'il recèle. Au fur et à mesure que je m'enfonce au cœur de la forêt, l'orangé de la fantastique conscience s'intensifie peu à peu. Bientôt je ne discerne presque plus les autres auras dans cette vision fauve. Quand je suis enfin noyée dans l'opacité la plus complète, je cligne des yeux pour retrouver une vue normale.

Je suis dans une clairière. Les arbres se tiennent à distance, presqu'avec respect, d'un imposant monticule rocheux et biscornu formant une vague spirale serpentine. De la mousse et diverses plantes grimpantes et herbes folles se sont lancées à l'assaut de ce massif minéral, le couvrant de nombreuses nuances de verts. Du centre de l'éminence de pierre s'élève doucement une fine vapeur, sans doute une source chaude cachée au creux des roches grises aux reflets boisés. Je fais le tour de la structure avant de me rendre à l'évidence : la source de l'aura extraordinaire se cache quelque part dans ce rocher. Peut-être dois-je trouver une issue secrète pour pouvoir y pénétrer ? Après une première observation, je suis déjà convaincue : trouver la solution de cette énigme va être long, je vais déplacer mon campement ici. On verra bien qui du tas de cailloux ou de moi se lassera le premier !

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